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 Les repères de l'éducation dans la civilisation musulmane II

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RACHTOK
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MessageSujet: Les repères de l'éducation dans la civilisation musulmane II   Sam 19 Nov à 2:28

2. L'ère des madrasa

Les différentes institutions d'enseignement d'avant les madrasa furent très efficaces dans la formation de brillantes générations de philosophes, de scientifiques et de théologiens. Mais la souplesse, le libéralisme et l'individualisme de leur mode de fonctionnement ne permettait pas d'accroître leur capacité. Sans devenir un enseignement de masse, la demande d'éducation s'était tout de même fortement accrue entre le VIIIe et le XIe siècles, notamment avec l'islamisation de nombreux peuples non arabes. Les mosquées, de loin la principale institution d'enseignement dans le monde islamique, ne suffisaient plus. Par ailleurs, les savants de toutes tendances, qui se concurrençaient, commencèrent à être manipulés pas différents pouvoirs politiques. La nécessité de réorganiser l'éducation par un système nouveaux, à la fois plus rigoureux et ouvert à un plus grand nombre d'apprenants, se profilait à l'horizon. Il s'agissait également pour le pouvoir abbasside (750-1258) d'instaurer une éducation plus conservatrice et de lutter plus efficacement contre l'influence intellectuelle grandissante du chi'isme fatimide au pouvoir en Egypte entre 909 et 1171. En effet, le pouvoir fatimide avait inauguré la prestigieuse université Al-Azhar au Caire en 969 et l'utilisait à ses propres fins de propagande. Le premier collège islamique (madrasa) fut ainsi inauguré à Bagdad par le vizir turc seldjoukide Nizâm ul-Mulk (mort en 1092). Il portait le nom de son fondateur: Al-Nizamiyya. Le grand imam Al-Ghazali (1058-1111) y a enseigné. L'enseignement commence donc a être organisé et financé par l'État à partir du Xe siècle chez les chi'ites et à partir du XIe siècle chez les sunnites.

L'enseignement donné dans les madrasa couvrait l'équivalent des études secondaires et des études universitaires contemporaines. Les enseignants étaient payés par le souverain ou par un waqf constitué ou reconnu par l'État. Les waqf sont des fondations pieuses ou de bienfaisance chargées de gérer des biens (terrains, champs, immeubles, caravansérails, hammams, etc.) dont les revenus permettaient de financer tant les enseignants que l'entretien des édifices scolaires. Les corps des professeurs se structurait de manière plus ou moins bureaucratique sous la direction d'un cheikh-recteur, selon une hiérarchie et une collégialité strictes. Les étudiants recevaient une bourse, soit de l'État, soit de diverses sociétés de bienfaisance. Ils logeaient dans les dortoirs des madrasa. Les édifices de madrasa comprenaient une cour (où les cours se donnaient en été), des classes de cours couverts pour l'hiver, une mosquée, des chambres ou des dortoirs pour étudiants, des cuisines, des sanitaires, un hammam, une piscine et une fontaine. Les madrasa pouvaient se spécialiser dans certaines branches (sciences religieuses, médecine, etc.). Mais le plus souvent, elles assuraient un enseignement général dans les principales branches du savoir religieux et profane de l'époque. De ce fait, au début de leur existence, elles équivalaient les "universités" du monde occidental qui furent leurs contemporaines. Entre le XIe et le XIIIe siècles, toutes les grandes villes du monde musulman auront leur madrasa.

En dehors de ces collèges, les anciennes institutions éducatives ont poursuivis leur existence, mais leur public cible a changé. Les vrais étudiants sont allés vers les madrasa. En termes d'éducation, les mosquées se sont alors occupées de la vulgarisation du savoir religieux à de larges couches populaires. Dans beaucoup de pays musulmans, un certain nombre de mosquées ont cependant continué, encore pendant des siècles, à enseigner tant les sciences islamiques que les sciences profanes. Parallèlement au développement des madrasa, des hôpitaux et des bibliothèques ont vu le jour. Hormis leur fonctions premières sanitaire et curative, les hôpitaux centralisèrent progressivement la recherche et l'enseignement médicaux. Les étudiants y trouvaient la possibilité de faire leurs premières armes professionnelles comme les internes des hôpitaux universitaires contemporains. Durant le règne de l'Empire ottoman (1299-1923), des écoles militaires et d'administration verront également le jour.

Dans les madrasa, l'aspect scolastique coutumier de l'enseignement emportait sur les autres formes. A l'exception d'un certain nombre de personnalités scientifiques de premier plan, les connaissances nouvelles et la recherche avaient progressivement cessé d'être produites entre le XIe et le XIIIe siècles. Plutôt que de rechercher l'innovation, il s'agissait de répéter l'ancien, d'enseigner, d'apprendre par coeur et de commenter les livres des "anciens". Cette situation a perduré pratiquement sans modifications majeures jusqu'au début du XIXe siècle. Au long de ces siècles, les sciences religieuses sont peu à peu devenues les seules qui étaient encore enseignées dans les madrasa. Les sciences exactes ou les sciences expérimentales ont reculé partout dans le monde islamique. Au XIXe siècle, face au développement des sciences positives occidentales et à l'industrialisation de l'Europe, les pouvoirs musulmans ont cherché, avec beaucoup de retard et souvent en vain, à ressusciter la production et la transmission du savoir scientifique expérimental avec la création d'universités modernes, à l'image des écoles supérieures européennes de l'époque.

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