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 guerre au liban

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MessageSujet: guerre au liban   Jeu 20 Juil à 19:07

l était 3 heures et demie du matin, mercredi 19 juillet, lorsque deux missiles israéliens se sont écrasés au coeur de la ville de Nabatiyé, dans le sud du Liban, à 38 kilomètres de la frontière. Ici, personne ne comprend pourquoi c'est l'une des rues les plus commerçantes de la ville qui a été la cible. Au coin de la rue, il y avait une banque islamique gérant, selon un responsable du quartier, des capitaux du parti chiite Hezbollah. Mais, vu les dégâts, cette explication ne satisfait personne.

L'inoffensif cinéma Capitol, quasiment une antiquité, a été réduit à l'état d'un tas de gravats informes. Sous l'impact des missiles, toutes les échoppes situées dans un périmètre de 20 mètres autour de la banque ont volé en éclats. Une maison située au-dessus de l'établissement bancaire s'est effondrée, engloutissant sous le béton dix membres ou proches de la famille Hamed.

Des voisins leur avaient bien conseillé de passer la nuit avec eux, dans un des abris souterrains de la ville. "Mais la vieille Hamed était malade, se désole l'un des voisins. Elle avait mal aux jambes et ne pouvait plus marcher. Elle n'a pas voulu quitter sa maison, les autres ont alors décidé de rester avec elle..."

Mohamed est le seul à avoir été miraculeusement épargné. Inconsolable, il ne peut détourner son regard de l'amas de pierres, de fils électriques et de blocs de béton qui ont enterré le reste de sa famille. "J'ai tout perdu, sanglote-t-il. Oum Moustafa, ma grand-mère, âgée de 70 ans, Ittihad, ma tante de 38 ans, mon petit neveu de 12 ans..." Ittihad, la seule à posséder un emploi, travaillait dans une succursale obscure du ministère des affaires sociales.

Comme ailleurs, dans d'autres bombardements qui ont frappé le Liban sud, ce sont tous des civils. Cinq morts ont été retrouvés dans les décombres, y compris l'employée sri-lankaise de la famille. Quatre personnes ont été transportées, grièvement blessées, à l'hôpital de Nabatiyé.

C'était la première fois que Mohammed, qui vit en France, à Toulouse, revenait dans son village natal, pour passer ses vacances en famille. Les retrouvailles avaient eu lieu il y a un mois, une époque qui semble aujourd'hui incroyablement lointaine, quand rien ne laissait présager un conflit avec Israël et la pluie de bombardements meurtriers.

"Des enfants orphelins, répète-t-il comme un automate, voilà ce que nous apprend la démocratie américaine et israélienne. La démocratie, la démocratie..."

L'imam de la ville de Nabatiyé s'est rendu sur les lieux en signe de solidarité. C'est son rôle, explique-t-il, et la seule chose qu'il puisse faire, à part prier.

Cheikh Abdel Hussein Sadeq s'exprime en pesant chacune de ses paroles. Il a gagné sa respectabilité et sa popularité dans la ville en réussissant à mettre fin aux conflits entre partisans chiites du Hezbollah et du Amal. De l'avis général, les anciens frères rivaux n'ont jamais été aussi unis qu'aujourd'hui.

"Cette action sauvage contre la famille Hamed contredit tous les propos des Israéliens lorsqu'ils se présentent comme l'Etat civilisé de la région, énonce l'imam devant quelques habitants venus l'écouter. Ils n'épargnent rien ni personne. Plus regrettable encore, ils disposent du soutien inconditionnel du "phare" de la démocratie dans le monde (les Etats-Unis). Malheureusement, au lieu de se pencher sur le drame humanitaire de notre région, la communauté internationale laisse faire. A nos yeux, ils ont atteint le sommet de l'art du massacre."

Mohammed l'ignore encore, mais il reste un cadavre de femme au milieu des restes de sa maison. Cette information, c'est le docteur Hassan Wezni, directeur du principal hôpital de Nabatiyé, qui la donne, regard fataliste derrière ses petites lunettes.

UNE VILLE "COMPLÈTEMENT ISOLÉE"

Les médicaments manquent, notamment les antibiotiques. L'établissement ne compte plus que trois ampoules d'insuline. A Beyrouth, le gouvernement a promis d'envoyer du ravitaillement, mais le docteur Wezni n'y croit plus. "La situation est dramatique, soupire-t-il. La destruction des ponts et des principaux noeuds routiers a complètement isolé Nabatiyé du reste de la région."

Pire, les camions, quels que soient leurs contenus, sont devenus ces derniers jours une cible privilégiée des tirs israéliens. Les bombardements à Nabatiyé et dans les quarante petits hameaux qui l'entourent ont fait une soixantaine de morts, de "martyrs" comme on les appelle ici, et plusieurs centaines de blessés. "Sans compter les incidents cardiaques mortels ou les fausses couches provoquées par la peur, ajoute le docteur. L'hôpital est bondé et nous n'avons plus la possibilité de les évacuer vers Saïda ou Beyrouth."

Le personnel médical est débordé. Alors que les bombardements se sont éloignés, une voiture freine brutalement devant la porte des urgences.

Sur le siège arrière, gît un jeune Soudanais couvert de sang, la jambe écrasée. Cet ouvrier travaillait dans un chantier du village mitoyen de Choukine, lorsqu'un bus est tombé, vers 10 heures du matin. Enseveli, son corps n'a été retrouvé que neuf heures plus tard.

Le directeur de l'hôpital promet qu'il restera, lui et ses médecins, même si les Israéliens ordonnaient l'évacuation totale de Nabatiyé, et qu'ils continueront à soigner tous les blessés, toutes confessions et toutes nationalités confondues.

La nuit tombe sur la ville, des bombardements résonnent pas très loin, probablement sur la ville de Marjayoun.

La moitié des habitants de Nabatiyé ont fui la ville. Ceux qui restent se terrent dans des abris de fortune, en attendant le lendemain. Les drônes israéliens ronronnent dangereusement dans le ciel. La nuit sera longue.
Cécile Hennion

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MessageSujet: Re: guerre au liban   Lun 24 Juil à 13:06

Toute honte bue
samedi 22 juillet 2006, par Tariq Ramadan

« A partir de quand pouvons-nous utiliser les mots « Crime de guerre » ? Combien d’enfants doivent être déchiquetés dans les décombres des attaques aériennes israéliennes avant que nous rejetions la formule obscène « dommages collatéraux » et que nous commencions à parler de poursuites pour crimes contre l’humanité ? »

Depuis Beyrouth
Robert Fisk, journaliste, The Independent, 20 Juillet 2006



Le poète français Charles Baudelaire avait eu cette formule heureuse : « La plus belle ruse du diable est de nous persuader qu’il n’existe pas. » Dans la même veine, on pourrait affirmer que le succès le plus diabolique des comploteurs d’aujourd’hui est de nous persuader que les comploteurs et les complots n’existent pas...


L’instrumentalisation de « la guerre contre le terrorisme » a atteint des sommets de mensonges, d’hypocrisie et de terreur intellectuelle et politique à nul autre pareil. On aurait dû entendre, et se méfier, des propos de Ariel Sharon lorsque après les attentats du 11 septembre 2001, il avait affirmé que Yasser Arafat était « (son) terroriste » indiquant - avec une curieuse prémonition - qu’un jour les Palestiniens allaient payer la note de New York. Il fallait la médiation de quelques civils innocents - « dommages collatéraux » d’une stratégie de confrontation globale - en Afghanistan, puis en Irak, avant que la foudre ne s’abatte sur les Palestiniens dans « les territoires dévastés ».


Israël avait prévu d’attaquer le Sud Liban depuis quelques longs mois déjà. Les observateurs le savaient, le Hezbollah le savait. Ce dernier a choisi d’anticiper l’attaque pour déplacer le centre de gravité du conflit et en faire une question régionale et globale. C’était sans compter avec la veulerie des gouvernants arabes et leur complicité silencieuse alors que des centaines de civils innocents succombent sous les bombes. Mais nous le savions, le concept de « civils innocents » n’existe que marginalement dans le lexique des autocraties arabes.


On aurait pu s’attendre à ce que les Nations Unies, la voix proclamée de la sagesse des nations, interviennent, fasse cesser le massacre... De biens mauvais souvenirs reviennent à notre mémoire. Il y a plus de dix ans à Srebrenica, les forces de paix ont livré ceux qu’elles devaient protéger et qu’elles avaient auparavant désarmés. Au Rwanda, les forces des Nations Unies sont venues protéger et faire fuir les Blancs, « les étrangers » et ont proprement livré encore les Tutsis à la folie meurtrière des Hutus. Il y a une semaine, des familles et des civils libanais sont venus demander refuge dans le quartier général des forces des Nations Unies constituées de Ghanéens : ces dernières ont refusé de les protéger... sur la route de l’exil, quelques heures plus tard, ces familles - 27 personnes - ont été décimées par les bombes israéliennes. A quoi servent les représentants des Nations Unies ? Qui servent-elles enfin ? Une honte... à répétition.


Israël a annoncé qu’elle avait besoin d’une semaine à dix jours pour mener à bien ses opérations. Le G8 a demandé un cessez le feu, puis rien, le silence et la gêne. Par un heureux hasard des calendriers meurtriers, voilà que Condolezza Rice annonce sa visite dans la région... dix jours exactement après les précisions formulées par le Premier Ministre israélien. A croire que Tel Aviv tient l’agenda de la secrétaire d’Etat américaine. On n’oubliera pas de citer ici cette question - et la formule - de Nicolas Sarkozy au Ministre israélien de l’intégration qui venait « bénir » tout à la fois les Français qui ont décidé de s’exiler en Israël et la valeureuse armée israélienne : "De combien de temps l’Etat d’Israël a-t-il besoin pour terminer le travail ?" (Le Monde, 20 juillet). Terminer le travail ? Tuer des innocents, saccager un pays ? A l’aune des images qui nous parviennent quant aux conséquences meurtrières de « ce travail à finir », les propos de Sarkozy sont bien plus choquants que les formules « voyous » ou « racailles »... Une honte encore. Mais si peu d’échos dans les médias...


L’Agence France Presse vient de nous apprendre que les Etats-Unis avaient fourni ces derniers jours des armes aux Israéliens : « une commande de bombes à guidage de précision. » Pour éviter de tuer trop de civils sans doute... la belle humanité ! Pour Les Etats-Unis comme pour la Grande Bretagne tous ces morts, nous dit-on, sont les victimes de la nécessaire et impérative « guerre contre le terrorisme ». Cette guerre permet tout de fait... le terrorisme d’Etat, le meurtre, la torture, les enlèvements, les lois liberticides et, en aval, la criminalisation des immigrants et des demandeurs d’asile.


A celles et à ceux qui observent sans broncher les horreurs du Moyen Orient, l’oppression inique des Palestiniens, la souffrance des Libanais et qui pensent qu’il suffit d’être neutres et qu’ainsi ils seront protégés et sauvés du marasme comme le sont les « étrangers » du Liban que leur pays respectif protège et rapatrie par milliers quand les « Libanais », les « Arabes », sont laissés à leur misérable destin... à ceux-là, il faut dire avec force que la folie ou la complicité meurtrières des Etats-Unis et de leurs alliés a, et aura, des conséquences qui ne s’arrêteront pas aux frontières de leurs riches pays comme on y arrête les immigrants « de là-bas. »


Dans notre quotidien, dans notre paix sociale, dans notre convivialité, dans notre sécurité, dans nos lois, dans nos droits, dans nos libertés comme dans nos vies... nous ressentirons bien vite et très concrètement les conséquences de nos lâchetés devant la barbarie. Le silence de celles et de ceux qui ne savent plus dénoncer « les terreurs officielles » ni se lever en face de tant d’injustices et de telles horreurs est une honte, effectivement. Une de plus. A n’en point douter, nous serons un jour conviés - d’une manière ou d’une autre - à la table de ceux qui ont des comptes à rendre et nous devrons, comme tant d’autres, y boire la substance de notre honte et de notre démission déshumanisées.


Ces derniers jours, je suis resté pensif. A quoi peut-il bien servir de « condamner le silence » de la communauté internationale face à l’oppression continuée du peuple palestinien et aux massacres perpétrés au Liban... A quoi cela peut-il bien servir, en effet ? Peut-être à se donner le droit - au nom de la cohérence - de faire silence quand les puissants de ce monde s’agiteront pour faire « condamner » les conséquences de leur silence ! Peut-être...il y aurait quelque logique à cela.


Ou peut-être plus simplement... au nom de la dignité... pour refuser de se taire et ne jamais cesser de résister aux oppresseurs et aux meurtriers, même riches, même « civilisés » !

http://www.tariqramadan.com/article.php3?id_article=745
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MessageSujet: Re: guerre au liban   Ven 24 Mai à 23:44

Vraiment instructif cet article.

Bonne continuation !
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MessageSujet: Re: guerre au liban   

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